lundi 21 mars 2011

Archives & Trucs (12)



Factory, de bon cœur

Genre: They call it acieed

A l’occasion du 30ème anniversaire de Factory Records, est sorti un coffret 4 CD préparé par les spécialistes de Rhino Records en collaboration avec Jon Savage.

La bête se nomme Factory Records: Communications 1978-92 et donne une bonne occasion de parler du mythique label mancunien. Joy Division/New Order, Cabaret Voltaire, Happy Mondays, ESG, A Certain Ratio, Section 25, James ou The Durutti Column étaient parmi les plus dignes représentants, mais des groupes moins connus comme Quando Quango, Stockholm Monsters ou The Other Two sont également présents dans le coffret.
Toute l’histoire de Factory Records est émaillée par de multiples évènements imprévus, des situations particulièrement étranges et une gestion assez farfelue de la part de ses propriétaires, déjà dépeinte, déformée et amplifiée dans le film 24 Hour Party People.

« Les musiciens sont propriétaires de tout, le label est propriétaire de rien, tous les groupes ont le droit de se casser ». Cette phrase de Tony Wilson orne le premier contrat de Joy Division signé, selon la légende, avec son sang. Elle résume à elle seule une philosophie qu’on jugerait utopique dans le music-business actuel. L’une des autres coutumes du label était de référencer tout ce qui avait trait de prés ou loin à leurs activités : FAC1 pour le premier poster annonçant une soirée, FAC136 pour le ruban adhésif (offert aux cent premiers acheteurs du coffret) mais aussi FAC99 pour une facture de dentiste ou encore FAC191 pour le chat de l’Hacienda.

L’histoire commence le 4 juin 1976 quand les Buzzcocks organisent la venue des Sex Pistols à Manchester. Tony Wilson, présentateur sur Granada TV, et Alan Erasmus, acteur au chômage, se croisent à cette occasion. De cette rencontre va éclore en janvier 1978, Factory Records. Rejoints par le graphiste Peter Saville et le producteur Martin Hannett, le quatuor sort début 1979 un sampler avec Joy Division, The Durutti Column, Cabaret Voltaire et John Dowie. Les premiers singles de A Certain Ratio et d’OMD suivent tandis que Joy Division sortent leur premier LP Unknown Pleasures, produit par Hannett. Celui-ci rivalise d’excentricités pour retranscrire les sons qu’il entend dans sa tête, faisant notamment enregistrer certaines parties de batterie sur le toit du studio. La pochette signée Peter Saville est un exemple de la forte identité graphique dégagée par Factory Records. Rob Gretton, manager de Joy Division puis New Order, devient le cinquième actionnaire de l’entreprise. Quelques mois après, A Certain Ratio sortent leur premier album The Graveyard and The Ballroom mais resteront dans l’ombre de leurs contemporains.
La veille de partir en tournée aux USA, Ian Curtis met fin à ses jours. Love will tear us apart devient le plus gros hit de Joy Division. Les membres restants deviennent New Order tandis que The Durutti Column devient le groupe du seul Vini Reilly.

En 1981, Factory Records et New Order décident de reconvertir un hangar d’exposition de yachts en ce qui deviendra l’un des pôles du mouvement Madchester et électronique, le night-club The Hacienda (FAC51). Le financement proviendra principalement des bénéfices du groupe qui sort Movement la même année. C’est au moment de l’ouverture que Martin Hannett décide de partir non sans d’abord faire un procès (FAC61) aux membres de New Order pour des royalties oubliées. La plainte se verra réglée à l’amiable deux ans plus tard. New Order sort en single Blue Monday en 1983. Peter Saville réalise à l’occasion une pochette représentant une disquette mais coûtant trop cher à fabriquer. Le titre est un succès mais le label perd de l’argent à chaque vente de ce disque. New Order restera pourtant jusqu'au bout la locomotive de Factory Records, malgré quelques écarts de conduite et des dépenses importantes pour Technique en 1989 et Republic en 1992.

Formés par Shaun et Paul Ryder, dealers notoires et petites frappes du quartier ouvrier de Manchester, les Happy Mondays tirent justement leur nom du plus gros hit de New Order. Signés, les légendes ne s'accordent pas, par Tony Wilson après un Battle of bands à l’Hacienda où ils finirent derniers ou bien par Mike Pickering, par ailleurs leader de Quando Quango, peu importe finalement tant le groupe sort de l'ordinaire. En 1985 sort le Forty Five EP(et non le Delightful EP) et Bez est intégré au groupe. S’il ne participe pas vraiment à l’enregistrement, il devient l’élément clé en concert et la muse chimique d’un Shaun Ryder déjà bien entamé par les drogues.
Mike Pickering organise à l'Hacienda dés 1986 les premières grosses soirées électroniques et house, prémices du mouvement à venir. Tony Wilson persuade John Cale de produire Squirrel and G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out)(en compétition pour le titre d’album le plus long) mais le courant ne passe pas vraiment entre les mancuniens et le rigide gallois. Bummed marque le retour furtif au sein de l’entreprise d’un Martin Hannett en proie à la drogue et à l’obésité, pour un résultat plus encourageant. La scène Madchester connaît ses débuts et le groupe ne rate pas le train en sortant l’EP Madchester Rave Up en 1989, devenant aux côtés des Stone Roses le fer de lance du mouvement. Le Royaume-Uni ne s’en remettra pas.

L’Hacienda est bondée tous les vendredis et samedis soirs mais n’engrangent pas de bénéfices au bar, l’alcool ayant été remplacé dans le cœur des clients par l’ecstasy et toutes sortes de stupéfiants. Le club sera fermé puis détruit en 1997. Pills’n’Thrills And Bellyaches en 1990, en forme de testament d’une époque, sera l’album le plus abouti des Mondays.
Le label coulera dans sa forme première en 1992, en partie suite à l’enregistrement dantesque des Happy Mondays aux Bahamas de Yes, Please, mais surtout à cause de sa gestion passionnée mais légèrement tout sauf rentable.
Tony Wilson relancera Factory Records en 1994 sous la houlette de London Records mais démissionnera en 2006 pour l’éphémère F4 Records.
Il meurt en 2007 et son cercueil (FAC501) devient la dernière référence attribuée au catalogue du label.

(Déjà publié pour Abus Dangereux) Beaucoup d'informations fausses, je ressortirais une nouvelle version bientôt...

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