jeudi 28 avril 2011

Terminated (The Cancelled Series Chronicles): Freaks & Geeks



Freaks & Geeks

Genre: Tod Browning & Amstrad CPC?

Pendant que Dawson se demande s’il est amoureux de Joey tout en se masturbant sur l'oeuvre complète de Spielberg, Freaks & Geeks apparaît sur l’antenne de NBC en 1999. La série, créée par Paul Feig et produite par Judd Apatow, est un concentré de tout ce que les teen-movies des années 80 ont pu offrir. Les situations communes sont détournées au profit d’une histoire se concentrant sur deux groupes d’un lycée en 1980 (soit chronologiquement parlant, juste avant la première vague de teen-movies 80’s) : d’un côté les Freaks , les rebelles fumant leurs cigarettes, séchant les cours et faisant la fête et de l’autre, les Geeks, petits génies à la solde de l’excellence scolaire.

Lindsay (Linda Cardellini, vue dans Urgences), l’héroïne, est une geek mais la mort de sa grand-mère provoque un changement chez elle, la détournant du "droit chemin", de son ancienne meilleure amie Millie (Sarah Hagan, Amanda dans Buffy contre les Vampires), catholique et coincée, de son petit frère Sam (John Francis Daley, aujourd'hui dans Bones), lui aussi geek de son état, et de ses parents moralisateurs.
La série est bourrée d’humour mais n’est pas une simple comédie basée sur le monde de la jeunesse. La représentation de ces adolescents est bien plus juste que les sitcoms habituelles et sort des clichés rebattus. Chaque épisode se présente comme un teen-movie de quarante minutes.

Le plan-séquence d’ouverture du premier épisode est un modèle de narration. Il débute sur le terrain de football américain, se détourne vers les tribunes où un couple modèle stéréotypé (un quaterback et une pom-pom girl) déclament leur amour réciproque, avant de passer sous les tribunes pour y découvrir les freaks, Daniel (James Franco, Mister 127 Hours), Nick (Jason Segel, Marshall de How I met your mother) et Ken (Seth Rogen, resté l'acteur fétiche de Judd Apatow), en train de fumer, blasphémer et parler de Led Zeppelin. Ne manque que Kim Kelly (Busy Phillips, la jeune assistante de Cougar Town), la petite-amie de Daniel.
Le plan s’attarde sur Lindsay les observant, coincée entre deux mondes, avant de se détourner vers les geeks, Sam, Neal (Samm Levine, aperçu dans Inglorious Basterds) et Bill (Martin Starr, revu dans la plupart des autres productions Apatow), en train d’imiter Bill Murray.
Ceux-ci se font importuner par la brute Alan (Chauncey Leopardi, quasi disparu de la circulation depuis) et sa bande, avant que n'intervienne Lindsay. Son petit frère la remercie à peine et Lindsay lâche "Je déteste le lycée".
Le ton est donné et lance le générique (Bad Reputation de Joan Jett) de ce qui paraît être l’une des représentations les plus proches de la vie des ados dans un périmètre scolaire.

La série ne dure hélas qu’une saison, malgré un casting hallucinant à posteriori.
Sans oublier la collection de guests/caméos à rendre jaloux les créateurs d'Entourage: Leslie Mann (Funny People, mariée à Judd Apatow), Ben Stiller (au hasard, Dodgeball), Thomas F. Wilson (Biff de Retour vers le futur), David Koechner (La légende de Ron Burgundy et acolyte régulier de Will Ferrell), Jason Schwartzman (A bord du Darjeeling Limited, entre autres), Rashida Jones (The Office), Allen Covert (présent dans quasiment tous les films d'Adam Sandler), David Krumholtz (Numbers), Kevin Korrigan (Les Infiltrés, mais aussi Delire Express), Mike White (Zombieland), Kevin Tighe (Lost, mais pas que), sans oublier le fantasme geek circa 1994 Claudia Christian (Babylon 5)

La série marque aussi les premières apparitions d'Alexander Gould (Weeds), Lizzy Caplan (Cloverfield), Shia LaBoeuf (Transformers), Ben Foster (Trois Heures Dix pour Yuma) ou encore Samaire Armstrong (Entourage, justement).

Judd Apatow poursuivra dans le genre avec sa deuxième série Undeclared, qui reprend une partie du casting de Freaks & Geeks et transpose l’univers du lycée à celui de l’université. Elle suivra le même sort et sera déprogrammée elle aussi avant même la fin de la première saison.

Freaks & Geeks a aujourd'hui le fameux statut de série culte. Une bien belle jambe pour un programme qui se sera arrêté à temps, malgré lui. Au moins, Freaks & Geeks reste parfait en l'état avec un vrai épisode de conclusion.

mercredi 27 avril 2011

News of the world: Ringo DeathStarr - Colour Trip



Ringo DeathStarr - Colour Trip

Genre: The Alan Moulder Project

Après The Brian Jonestown Massacre et les Dandy Warhols, rajoutons le groupe Ringo DeathStarr à la liste des fans de jeux de mots sur les icônes 60’s.
Bien plus portés sur la noise-pop de Jesus & Mary Chain et sur le Loveless de My Bloody Valentine que leurs illustres collègues américains, le quatuor texan se distingue par le double-chant masculin et/ou féminin selon les chansons.
Côté wall of sound, rien de nouveau, si ce n’est que le son brut des deux premiers EP est un peu laissé de côté mais des titres comme Kaleidoscope et Do It Everytime y gagnent une épaisseur utile. D’ailleurs c’est cette espèce de fil conducteur sonore qui tient le disque, quand certains passages baissent un peu en inspiration dans la deuxième partie du disque.
On peut cependant bien pardonner une baisse de régime à des groupes produisant des trucs aussi bien foutus mélodiquement que So High, Day Dreamy ou Imagine Hearts.

A classer au même niveau que leurs concurrents The Pains of Being Pure At Heart, Singapore Sling et The Big Pink. Au minimum.

lundi 11 avril 2011

News of the world: Molly's – Sighs of the night



Molly's – Sighs of the night

Genre: Shoegazing much to lose

On gardait un lointain souvenir des amienois de Molly’s, comme un nom lâché dans la liste conséquente des groupes dit Teenage. Quatre ans plus tard, on constate que ceux qui ont donné un temps soit peu de concerts s’en sortent pas trop mal. Et donc les Molly’s.
Plus d’une centaine concerts, avec des premières parties mainstream pour se faire connaître des français dont la culture rock ne dépasse pas la playlist de MTV France (Mademoiselle K, BB Brunes), et des ouvertures pour des groupes nettement plus cools comme Glasvegas, Black Angels ou The Warlocks.
Avec Mark Gardener de Ride à la production, on comprend où veulent se situer les Molly’s. Les compositions sont honnêtes et bien servies par un son, pas que l’on soit étonnés, typiquement anglais période 90’s. Il est d’ailleurs difficile de ne pas penser à Ride (forcément) ou à My Bloody Valentine mais dans une version plus juvénile. Les titres s’enchaînent, et l’intonation gallagherienne de la voix se détache un peu du mur de guitares.
Si le groupe peut faire bonne figure au milieu de la scène rock française actuelle, on ne peut s’arrêter de penser que les Molly’s auraient fait de bons seconds couteaux au Royaume-Uni, au rayon Menswe@r, The Sultans of Ping FC et autres Cast et Shed Seven. Essayons pourtant de les imaginer plutôt comme des émules de The Jennifers, sympathiques teenagers anglais du début des années 90 très inspirés par The Stone Roses et The Charlatans, qui deviendront plus tard Supergrass.
C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

mercredi 30 mars 2011

Film sorti du placard: To live and die in LA



To live and die in LA/Police Fédérale Los Angeles (1985)

Genre: Very Bad Cops

To live and die in LA n'est pas qu'un titre de TuPac, c'est aussi un polar, et pas des moindres.
A la réalisation, on retrouve William Friedkin, déjà responsable de French Connection, L’Exorciste mais aussi du mésestimé Cruising et récemment de Bug.
Le pitch est simple : un flic tête brûlée et archétype de l’anti-héros se met en tête de venger la mort de son partenaire en traquant avec l’aide de son nouveau co-équipier, le faussaire qui l’a tué. Avec ce film on se croirait dans une adaptation sanglante de Miami Vice avec bande-son 80’s à souhait (Wang Chung à fond, chanson éponyme à l'appui), mais situé à Los Angeles… Le sang de Michael Mann n’a d’ailleurs fait qu’un tour puisqu’il a fait un procès à William Friedkin pour plagiat.

Niveau réalisation, on touche à la quasi-perfection pour le genre : sec, nerveux, mais peuplé de travellings et de panoramiques salutaires, avec qui plus est une séquence d’anthologie, à savoir une poursuite en voiture à contre-sens sur l’autoroute.

Au casting, on retrouve un William Petersen en totale antithèse de son personnage de Grissom dans Les Experts, John Turturro déjà bien typé malfrat italo-américain, John Pankow en co-équipier paniqué mais surtout un Willem Dafoe vénéneux à souhait, certainement dans l’un de ses meilleurs rôles.
To live and die in LA c’est l’un des meilleurs polars 70's/80's américains, à réévaluer et à placer aux côtés de Dirty Harry ou French Connection.

Film sorti du placard: Vigilante



Vigilante (1983)

Genre: You just fucked with the wrong mecanician

Réhabilitons William Lustig. Vigilante, sorti en 1983, est bien souvent classé au rayon film d’auto-défense, comme la série des Un justicier dans la ville. Pourtant il n’a pas tant de points communs avec ces films proto-fascisants nous montrant un Charles Bronson pourfendant la ville pour tuer tous les voyous que la police dépassée n’a pu arrêter.
L’histoire est assez classique pour le genre : Un mécanicien décide de venger la mort de son fils et l’agression opérée sur sa femme, après que le procès ait laissé libre les agresseurs. Lui est condamné à 30 jours de prison ferme pour s’être rebellé contre le jugement prononcé. A sa sortie, il rejoint le groupe de Vigilante de son quartier, une sorte de milice organisée qui prône la justice par soi-même. Le film est en fait clairement la transposition d’un western spaghetti vers un milieu urbain crasseux, en l’occurrence un New-York pré-Giuliani. Son protagoniste est un justicier solitaire corrompu par la violence qui lui a été infligé, mais certainement pas un héros. Un héros aurait récupéré sa femme après s’être fait justice lui-même, ce qui n’est pas le cas ici, puisque sa femme le quitte juste après le premier règlement de comptes. Niveau mise en scène, ça emprunte à Sergio Corbucci, John Carpenter ou Georges Romero. Les bandits sont parfois filmés comme une nuée de zombies tandis que la troupe des Vigilante est filmée comme des malfrats.
Pour les acteurs, Robert Forster est le justicier, spécialiste des B-Movies et déjà révélé dans Jackie Brown. Il y a aussi Fred Williamson dans le rôle du chef des Vigilante, acteur culte de la Blackxploitation qu’on peut voir aussi dans Une nuit en enfer. Sans oublier l’acteur fétiche de Lustig, Joe Spinell, protagoniste principal de la série des Maniac Cop.

Pour résumer, Vigilante renvoie dos à dos les deux entités principales du film en les traitant équitablement mais surtout en laissant plusieurs interprétations possibles quand à la suite des évènements. Bref, une série B sanglante, agréable à regarder mais pas aussi con qu’elle pourrait le laisser croire.



Crédits affiche: http://www.mondotees.com

Film sorti du placard: The Black Hole



The Black Hole (1979)

Genre: The White HAL

Quand les grosses compagnies hollywoodiennes ont vu le succès de Star Wars en 1977, produit par la Fox, chacune a décidé de sortir un film de SF histoire de profiter de la vague, à part la MGM qui venait de sortir L’Age de Cristal. Paramount a donc sorti le premier film Star Trek en 1979, Universal s’est lancé dans Battlestar Galactica, et Disney a emboîté le pas avec justement, The Black Hole.
Un budget d’à peu prés 26 millions de dollars est débloqué, et le projet est présenté comme pharaonique, la société rappelant même certains de ses spécialistes des effets spéciaux envoyés à la retraite. Disney essaie à l’époque de récupérer les nouvelles caméras Dykstraflex que Georges Lucas a utilisé pour tourner Star Wars mais le prix de location proposé par ILM est trop élevé. Le studio décide alors de fabriquer les siennes et cela donne les caméras ACES, supérieures en tout point à celles de Georges Lucas.
Inutile de dire que visuellement, le film bien qu’ayant vieilli, est quand même encore très beau. Le synopsis de The Black Hole est finalement devenu un standard dans la sf : En 2130, un vaisseau spatial d'exploration, l'USS Palomino découvre un trou noir avec un vaisseau perdu, l'USS Cygnus en orbite sur son horizon. Les membres de l’équipage décident d’aborder le vaisseau perdu et y retrouve le commandant de bord, vivant seul, entouré de robots depuis 20 ans. Je ne spoilerai pas la suite mais on est en plein trip à la 2001 l’odyssée de l’espace mixé à des dialogues surréalistes et au bon vieil esprit catho/familial cher à Disney.
Pour le casting, on retrouve Anthony Perkins, Robert Foster, Ernest Borgnine, Roddy McDowall dans le rôle de l’insupportable robot du film, et avec à la musique John Barry qui signe l’un de ses meilleurs thèmes.
Je reparle de ce film aujourd’hui parce que Disney a décidé de s’atteler à un remake, peut-être même en 3D, effet Avatar oblige.
En tout cas, The Black Hole est à revoir, oscillant entre nanard grand luxe et révolution visuelle, pour l’époque.

Film sorti du placard: Wet Hot American Summer



Wet Hot American Summer (2001)

Genre: Monty Syphon

Le titre Wet Hot American Summer donnerait si il était traduit dans la langue du chevalier des arts et des lettres Christophe Maé, « Dingue dingue dingue, on s’attache mon p’tit gars c’est ma terre ».

L’idée de départ est simple, il s’agit de raconter le dernier jour d’un camp de vacances juif en 1981. Ça commence sur les mêmes bases que Arrête de ramer t’es sur le sable (Meatballs dans la langue de Danny McBride) et ça dérive violemment vers un mélange entre Monthy Pythons, The State et, pour changer, le Saturday Night Live. Soit des sketches reliés par un fil conducteur, prétexte aux situations les plus absurdes ou débiles qui soient, de l’abandon de gamins dans un canoë précipité dans les rapides à la chute d’un élément d’une station orbitale, en passant par une boite de conserve qui parle.
Le casting est tout ce qu'il y a de plus cool avec Janeane Garofalo (Mystery Men), Paul Rudd (Ron Burgundy), Ken Marino (Party Down), Molly Shannon (Superstar), Elizabeth Banks (Role Models, du même réalisateur), Bradley Cooper (The Hangover), Amy Poehler (Les rois du patin) et Joe Lo Truglio (Paul).

Pour les fans de trivia, le film a choqué les responsables du camp dans lequel il a été tourné. Ceux-ci s’attendaient à une comédie familiale, alors fatalement le résultat final ne leur a pas franchement plu. Un raison de plus de le télécharger au plus vite sur les plates-formes habituelles, vu que Wet Hot American Summer n’est jamais sorti en France.

Album sorti du placard: My Vitriol - Finelines



My Vitriol - Finelines (2000)

Genre: Hindi-Goth?

Finelines est pour le NME, un mélange de The Cure et des Foo Fighters fait par des mecs qui croient avoir défoncé la NASA sur leur propre terrain. Il y’a sûrement un peu de ça c’est vrai, mais ce petit côté arrogant ne les dessert pas et il est évident que My Vitriol a écouté The Cure et les Foo Fighters. Mais pas que…
On sent aussi bien les influences d’un Smashing Pumpkins des bons jours.

Le groupe compte deux indiens dans ses membres mais ça n’en fait donc pas pour autant des émules des sous-estimés Cornershop. L’album est inspiré, rentre-dedans dans son style, et bien écrit. C’est d’ailleurs pour ça que j’en parle aujourd’hui. Chaque chanson est enregistrée avec un accordage différent mais le produit final reste homogène.

Le groupe n’a rien sorti depuis à part un EP en 2007, une cover des Lemonheads et une autre d’Elliott Smith en apprenant sa mort. Un semi-réputation de fossoyeurs de cadavres tièdes qui se perpétue même récemment puisqu’ils sont le dernier groupe a avoir joué à l’Astoria de Londres avant sa fermeture.

Restent des titres comme Cemented Shoes, Grounded, Always your way ou Windows & Wall.

Groupe sorti du placard: Tomorrow



Tomorrow

Genre: Acid Bike

Tomorrow est l’un des premiers groupes psychédéliques en Angleterre avec Soft Machine et Pink Floyd mais n’a jamais connu le succès de ses comparses bien qu’adulé, mais qui ne l’a pas été, par John Peel. Tomorrow a existé pendant un peu plus d’un an de 1967 à 1968, avant de se démembrer, quand le chanteur a connu un bref succès avec un single extrait d’un, ouvrez les guillemets, Teenage Opera. Le guitariste Steve Howe a fini chez les infâmes Yes puis dans Asia, alors que le batteur John Twink Adler a joué sur SF Sorrow des Pretty Things avant de monter The Pink Fairies et de figurer dans l’un des premiers groupes punk, The Rings.
Pour l’anecdote, le groupe a composé une chanson nommée Revolution dont Lennon s’est bien inspiré pour son Revolution, avec un succès que seuls les Beatles pouvaient avoir. Le titre le plus marquant serait pourtant My White Bicycle. Celui-ci s’inspire d’une action des Dutch Provos, un collectif anarchiste hollandais qui avait mis à disposition en libre service des vélos blancs qu’on laissait où l’on voulait pour que quelqu’un le récupère et ainsi de suite. Le presque ancêtre du Vélib quoi…

Groupe sorti du placard: The Monks



The Monks

Genre: Monks gone to heaven

The Monks ou les moines pour ceux qui ne parlent pas la langue de Billy Joël, c’est une bande de soldats américains complètement jetés qui, postés en Allemagne, ont décidé en 1964 de rester en pays teuton pour devenir les anti-Beatles. Leur costume de scène était simple et efficace : des soutanes noires, des cordelettes autour du cou et bien sûr, des tonsures de moine. Ils splitteront deux ans plus tard à la veille d’une tournée au Vietnam, en pleine guerre bien entendu.
Musicalement c’est du garage bien primitif avec un banjo en guise de guitare rythmique, des paroles dadaïstes ou engagées comme justement le morceau anti-Vietnam, Monk Time, sûrement leur titre le plus connu.

Leur unique album, Black Monk Time, a été réédité il y a deux ans.

Album sorti du placard: The Shortwave Set - Replica Sun Machine (2008)



The Shortwave Set – Replica Sun Machine (2008)

Genre: Zorino's Favorite Album

The Shortwave Set s’était fait remarquer en 2005 avec The Debt Collection, un premier album sautillant et jovial, efficace juste comme il faut.

Le trio a depuis fait le grand saut et quitté la banlieue sud de Londres pour aller se faire produire en Californie par Danger Mouse tandis que Van Dyke Parks et John Cale se joignaient à l’enregistrement comme de modestes employés au service de la PME du groupe.

Et cette innocence fait mouche. Replica Sun Machine ressort ce qui a fait les succès de la pop. Les idées mélodiques sont au rendez-vous, les arrangements gourmands sans être boulimiques, et les chansons rondement menées.

Les merveilles s’enchaînent alors que The Shortwave Set semble prendre un malin à plaisir à créer des collisions d’ambiances, malsaines, inquiétantes, réconfortantes, guitares fuzz ou arpèges cristallins.

Replica Sun Machine est un disque lumineux, sincère et indispensable, qui ravira les fans de pop avec un grand P.

lundi 21 mars 2011

Report Festival: Sziget 2010



Sziget Festival - 9-15 août 2010, Budapest

Genre: New York's marathon is for pussies

Cinq ans maintenant que je couvre le Sziget Festival pour divers médias et chaque année, je me dis que je vais avoir du mal à renouveler mon avis sur le plus gros festival européen. Cependant, à la lecture de quelques lignes amèrement lâchées dans un Technikart pourtant prometteur (pensez donc, une interview de Sylvester Stallone en mode rétrospective/introspection), je me sens encore une fois obligé de recadrer et de plébisciter un événement dont la supposée beauferie n’est liée qu’à la horde de français, attirée par l’idéal roots véhiculé par une frange qu’il n’est pas nécessaire de fréquenter une fois sur le site. Evitez le Dalmat. Et oui, tout le monde ne vient pas au Sziget voir Ska-P ou Muse et pour se bourrer la tronche entre amateurs de pétards, de Tryo et de vin rouge, pour caricaturer.
Tellement de nationalités sont représentées qu’il faudrait être le dernier des idiots pour ne rester qu’entre ressortissants de sa propre communauté. Le problème n’est pas que français bien sûr, il suffit de voir les néerlandais ou tout simplement les hongrois pour le figurer. Cependant, c’est étrange mais j’ai passé sept jours de concerts à parler anglais et baragouiner hongrois, à la grande joie ou au grand malheur des autochtones terrifiés par ma prononciation d’une langue on ne peut plus oblique.
Il n’est pas si compliqué de s’ouvrir aux autres nations, une fois l’infâme absinthe bleue locale avalée ou l’électricité statique de la bière dissipée. Une idée à ressortir en conseil européen. Passé ce mauvais procès, j’ai (encore) vécu un festival inoubliable dans un bastion de liberté estivale, (toujours) situé au milieu de Budapest et du Danube. Certes, on pourra toujours critiquer la trop grande présence de nombreux partenaires commerciaux mais il faut bien pérenniser une affiche aussi variée et dense.

Parlons des concerts justement, qui m’ont vu dans l’obligation de faire le grand écart entre chaque scène et chaque style : The Hives en pleine forme et en costume de marins versus le nouveau set aussi chiant que génial de DJ Shadow, le retour flamboyant de The Specials opposés aux orfèvres de la fission cérébrale de Simian Mobile Disco, les décevants vétérans d’Iron Maiden face au groove sombre d’Ez3kiel, la légèreté orchestrée par Chapelier Fou contre l’improbable reformation de PIL, ou encore la trinité de choc Monster Magnet, Kasabian et les hilarants malgré eux Die Antwoord. Programmés tous en même temps bien sûrs ce qui, au vu de la longueur de l’île d’Óbudai, a généralement comme effet de faire découvrir au festivalier lambda des muscles inconnus jusqu’alors. Écartons tout de suite les malentendus, je n’ai pas vu Muse, trop occupé à faire une fixette sur le canon à mousse des acrobates de la Compagnie Malabar, tout comme je n’ai pu rentrer dans le chapiteau bondé où Bad Religion officiait. Bon, par contre, j’ai fait l’erreur de penser que regarder un show de Mika avec la gueule de bois serait drôle (ça ne l’est pas) et que le retour de Nina Hagen ne serait pas une demie-arnaque (ça l’est).

Si Foreign Beggars (hip-hop tendance grime), Toy Dolls (punk rigolo), Aeroplane (electro-italo-pop venue de Bruxelles) et zZz (Joy Division meets Suicide vs du larsen) étaient attendus au rayon « on joue à des heures bâtardes mais on va vous scotcher », c’est du côté de deux formations cataloguées dance outre-manche que la puissance du dancefloor s’est déchainée, pour paraphraser un Philippe Manœuvre qui n’écouterait plus que Fun Radio : Faithless (qui ont splitté depuis) et Calvin Harris. Les premiers sont encore de grosses stars, hormis en France, et leur show bien rôdé ne laisse pas de répit à la foule en transe tandis que le second parvient à garder un public écrasé par la chaleur à un niveau de frénésie dément.
Seul regret finalement pour cette édition, la disparition de la Mokka Chukka, l’after officiel du festival ces dernières années. Tant pis, l’Ambient Tent a fait office de palliatif et les buvettes n’ont jamais eu l’air aussi accueillantes qu’à 6 heures du matin. Je ne vais pas revenir sur le côté unique du Sziget Festival, son cadre, son ambiance, ce côté Spring Break, la beauté de Budapest, bla bla bla et cætera, bis repetita. Il est cependant bon de rappeler que cela se déroule tous les ans en Août, à peine à 25 heures de route de la France, en comptant les itinéraires bis, et que tout cela est bien réel pour le moment.

Les premiers noms pour 2011 sont là et ça s'annonce bien: Pulp, Dizzee Rascal, Chemical Brothers, The Maccabees, The National, Motorhead, Hadouken, Marina & The Diamonds, Crystal Castles, Deftones, Interpol, Judas Priest, entre autres.
Le reste sur le site du festival: http://www.szigetfestival.fr

Sziget, Szeretlek, és hamarosan. Je vous avais bien précisé que c’était une langue oblique.



Crédit photo The Hives: William Kloz

Archives & Trucs (12)



Factory, de bon cœur

Genre: They call it acieed

A l’occasion du 30ème anniversaire de Factory Records, est sorti un coffret 4 CD préparé par les spécialistes de Rhino Records en collaboration avec Jon Savage.

La bête se nomme Factory Records: Communications 1978-92 et donne une bonne occasion de parler du mythique label mancunien. Joy Division/New Order, Cabaret Voltaire, Happy Mondays, ESG, A Certain Ratio, Section 25, James ou The Durutti Column étaient parmi les plus dignes représentants, mais des groupes moins connus comme Quando Quango, Stockholm Monsters ou The Other Two sont également présents dans le coffret.
Toute l’histoire de Factory Records est émaillée par de multiples évènements imprévus, des situations particulièrement étranges et une gestion assez farfelue de la part de ses propriétaires, déjà dépeinte, déformée et amplifiée dans le film 24 Hour Party People.

« Les musiciens sont propriétaires de tout, le label est propriétaire de rien, tous les groupes ont le droit de se casser ». Cette phrase de Tony Wilson orne le premier contrat de Joy Division signé, selon la légende, avec son sang. Elle résume à elle seule une philosophie qu’on jugerait utopique dans le music-business actuel. L’une des autres coutumes du label était de référencer tout ce qui avait trait de prés ou loin à leurs activités : FAC1 pour le premier poster annonçant une soirée, FAC136 pour le ruban adhésif (offert aux cent premiers acheteurs du coffret) mais aussi FAC99 pour une facture de dentiste ou encore FAC191 pour le chat de l’Hacienda.

L’histoire commence le 4 juin 1976 quand les Buzzcocks organisent la venue des Sex Pistols à Manchester. Tony Wilson, présentateur sur Granada TV, et Alan Erasmus, acteur au chômage, se croisent à cette occasion. De cette rencontre va éclore en janvier 1978, Factory Records. Rejoints par le graphiste Peter Saville et le producteur Martin Hannett, le quatuor sort début 1979 un sampler avec Joy Division, The Durutti Column, Cabaret Voltaire et John Dowie. Les premiers singles de A Certain Ratio et d’OMD suivent tandis que Joy Division sortent leur premier LP Unknown Pleasures, produit par Hannett. Celui-ci rivalise d’excentricités pour retranscrire les sons qu’il entend dans sa tête, faisant notamment enregistrer certaines parties de batterie sur le toit du studio. La pochette signée Peter Saville est un exemple de la forte identité graphique dégagée par Factory Records. Rob Gretton, manager de Joy Division puis New Order, devient le cinquième actionnaire de l’entreprise. Quelques mois après, A Certain Ratio sortent leur premier album The Graveyard and The Ballroom mais resteront dans l’ombre de leurs contemporains.
La veille de partir en tournée aux USA, Ian Curtis met fin à ses jours. Love will tear us apart devient le plus gros hit de Joy Division. Les membres restants deviennent New Order tandis que The Durutti Column devient le groupe du seul Vini Reilly.

En 1981, Factory Records et New Order décident de reconvertir un hangar d’exposition de yachts en ce qui deviendra l’un des pôles du mouvement Madchester et électronique, le night-club The Hacienda (FAC51). Le financement proviendra principalement des bénéfices du groupe qui sort Movement la même année. C’est au moment de l’ouverture que Martin Hannett décide de partir non sans d’abord faire un procès (FAC61) aux membres de New Order pour des royalties oubliées. La plainte se verra réglée à l’amiable deux ans plus tard. New Order sort en single Blue Monday en 1983. Peter Saville réalise à l’occasion une pochette représentant une disquette mais coûtant trop cher à fabriquer. Le titre est un succès mais le label perd de l’argent à chaque vente de ce disque. New Order restera pourtant jusqu'au bout la locomotive de Factory Records, malgré quelques écarts de conduite et des dépenses importantes pour Technique en 1989 et Republic en 1992.

Formés par Shaun et Paul Ryder, dealers notoires et petites frappes du quartier ouvrier de Manchester, les Happy Mondays tirent justement leur nom du plus gros hit de New Order. Signés, les légendes ne s'accordent pas, par Tony Wilson après un Battle of bands à l’Hacienda où ils finirent derniers ou bien par Mike Pickering, par ailleurs leader de Quando Quango, peu importe finalement tant le groupe sort de l'ordinaire. En 1985 sort le Forty Five EP(et non le Delightful EP) et Bez est intégré au groupe. S’il ne participe pas vraiment à l’enregistrement, il devient l’élément clé en concert et la muse chimique d’un Shaun Ryder déjà bien entamé par les drogues.
Mike Pickering organise à l'Hacienda dés 1986 les premières grosses soirées électroniques et house, prémices du mouvement à venir. Tony Wilson persuade John Cale de produire Squirrel and G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out)(en compétition pour le titre d’album le plus long) mais le courant ne passe pas vraiment entre les mancuniens et le rigide gallois. Bummed marque le retour furtif au sein de l’entreprise d’un Martin Hannett en proie à la drogue et à l’obésité, pour un résultat plus encourageant. La scène Madchester connaît ses débuts et le groupe ne rate pas le train en sortant l’EP Madchester Rave Up en 1989, devenant aux côtés des Stone Roses le fer de lance du mouvement. Le Royaume-Uni ne s’en remettra pas.

L’Hacienda est bondée tous les vendredis et samedis soirs mais n’engrangent pas de bénéfices au bar, l’alcool ayant été remplacé dans le cœur des clients par l’ecstasy et toutes sortes de stupéfiants. Le club sera fermé puis détruit en 1997. Pills’n’Thrills And Bellyaches en 1990, en forme de testament d’une époque, sera l’album le plus abouti des Mondays.
Le label coulera dans sa forme première en 1992, en partie suite à l’enregistrement dantesque des Happy Mondays aux Bahamas de Yes, Please, mais surtout à cause de sa gestion passionnée mais légèrement tout sauf rentable.
Tony Wilson relancera Factory Records en 1994 sous la houlette de London Records mais démissionnera en 2006 pour l’éphémère F4 Records.
Il meurt en 2007 et son cercueil (FAC501) devient la dernière référence attribuée au catalogue du label.

(Déjà publié pour Abus Dangereux) Beaucoup d'informations fausses, je ressortirais une nouvelle version bientôt...

Archives & trucs (11)



The Lonely Island - Incredibad

Genre: Goofy goes to Biatchland

Et si les fans des Beastie Boys et de Bloodhound Gang tenaient ici leur album de l’année (NDLA: 2009)? Incredibad est à priori un disque de hip-hop/r’n’b tout ce qu’il y a de plus banal, les textes et l’esprit dérangés de leurs auteurs en plus. En effet, les trois fake rappeurs ne sont autre qu’Andy Samberg, Akiva Schaffer et Jorma Taccone, trublions dans l’inénarrable show télévisuel Saturday Night Live. Dés le premier titre on assiste à un patchwork délirant ne reculant pas devant le moindre featuring : Justin Timberlake (devenu un habitué du SNL), Norah Jones, Jack Black, T-Pain, Julian Casablancas et même Natalie Portman posent leurs voix sur des titres aussi déviants que Dick in the box, I’m on a boat, We like Sportz ou Jizz in my pants.
Ca parle d’éjaculations quand on apprend que Bruce Willis est mort à la fin du Sixième Sens, de l’étrange champagne de Carlos Santana, des Chroniques de Narnia un dimanche de flemme et même d’une rencontre du troisième type. Vous l’aurez compris, on aborde ici que des sujets extrêmement sérieux et on les rehausse d’une bonne dose de vulgarité et de jeux de mots douteux.
Les interludes ne relèvent pas le niveau déjà bien élevé mais quel plaisir d’entendre un hommage aussi poignant à Super Mario Bros (Shrooms). Comme pour œuvrer dans le sens de l’hommage, la production est tout simplement éléphantesque et n’a rien à envier aux plus gros hits East & West Coast confondus.
Une grosse blague qui se transforme en l’un des meilleurs albums du genre, pour qui saura apprécier le pastiche, ma bite dans une boite et le SNL.
« I’m on a boat, Motherfuckers ! ».

(Déjà publié pour Feu Trente Trois Tours)

Archives & trucs (10, ah ouais déjà)



Oxford Collapse – Bits

Genre: I wear the same Pavement's shirt since 1992

La pochette, renvoyant à l’hypothétique best-of d’un groupe folklorique mexicain spécialisé dans les reprises de classiques du Dia de los muertos, est des plus trompeuses. Oxford Collapse est un trio de Brooklyn nourri aux sonorités de Pavement, Sebadoh et autres glorieux représentants de la nation alternative.
Cela laisse déjà une indication quand au contenu du disque et ce n’est pas plus dérangeant que d’imiter Phil Collins avec une brosse en guise de micro. Oxford Collapse est l’archétype du groupe dont on se rappellera sûrement comme on garde un souvenir ému d’une glace à l’italienne supplément éclats d’amandes grillés sur la plage de Kervelec-Sud.
Les compositions sont bonnes et emmènent l’auditeur pour 38 minutes dans un terrain bien connu mais où il est toujours agréable de passer. Ne boudons pas notre plaisir quand raisonnent Electric Arc, Children’s Crusade, Vernon-Jackson voire la respiration A Wedding.
Sans sortir des sentiers battus, l’ensemble de Bits rentre dedans, tire dans le tas, et se classe directement dans les illustres albums bis qui nous auront enchanté le temps d’une saison, et plus si affinités.

(Déjà publié pour Abus Dangereux)